La vie de l'immeuble

Entretien des parties communes : organiser, budgéter, contrôler

L’entretien des parties communes se décide une fois par an, au budget, pas intervention par intervention. Voici ce qui relève du commun, les contrôles que la réglementation impose et les contrats à garder sous surveillance.

Sommaire de la fiche
La marche à suivre
  1. Inventorier les postesParcourez l’immeuble du toit aux caves et listez chaque équipement commun avec sa date de dernière intervention.
  2. Relire les contrats en coursSortez chaque contrat d’entretien et notez sa durée, sa date de reconduction et ce que couvre exactement le forfait.
  3. Chiffrer le tout au budgetRépartissez les postes entre dépenses courantes de maintenance et frais extraordinaires prévisibles.
  4. Faire approuver le budgetJoignez les deux budgets à l’ordre du jour et faites-les voter en assemblée ordinaire.
  5. Suivre les interventionsClassez les rapports de visite et les attestations au fur et à mesure, pas en fin d’exercice.

Un hall qui sent l’humidité, un ascenseur immobilisé un vendredi soir, une gouttière qui déborde à chaque orage : beaucoup de gros chantiers de copropriété commencent par un entretien qui n’a pas eu lieu. L’entretien courant n’est pourtant ni un vote ni une procédure lourde. C’est une ligne de budget, un calendrier, et quelques contrats qu’il faut rouvrir de temps en temps.

Cette page décrit ce qui entre dans l’entretien commun, comment il se décide, quelles vérifications la réglementation impose à Bruxelles et en Wallonie, et comment garder la trace de tout cela entre deux assemblées. Le cadre juridique est identique dans les deux Régions : Code civil, Livre 3. Ce qui diffère, ce sont les obligations techniques liées au bâtiment.

Quelles parties de l’immeuble faut-il entretenir en commun ?

Le point de départ n’est pas la liste des tâches, c’est le plan de l’immeuble. L’association des copropriétaires a pour objet la conservation et l’administration de l’immeuble, et elle prend en charge ce qui relève des parties communesGlossaireParties de l'immeuble ou du terrain qui appartiennent à tous les copropriétaires selon leur quote-part, comme la toiture, le hall ou les canalisations communes. Dans le silence ou la contradiction des titres, sont réputées communes les parties affectées à l'usage de tous ou de certains copropriétaires. Voir le glossaire : toiture, façades, cage d’escalier, hall, ascenseur, chaufferie collective, canalisations communes, éclairage des couloirs, espaces extérieurs. Chaque copropriétaire y contribue selon les critères fixés par le règlement de copropriété, le plus souvent ses quotes-parts (art. 3.85, § 1er).

La frontière se discute rarement pour une toiture et souvent pour le reste. Trois cas reviennent.

Le premier est celui de la jouissance privativeGlossaireDroit d'usage exclusif accordé par les statuts à un lot sur une partie commune, comme un jardin ou une toiture-terrasse. L'élément reste une partie commune ; le règlement de copropriété précise la répartition des frais qui s'y rapportent. Voir le glossaire : une terrasse, un jardin, une toiture accessible depuis un seul appartement. L’élément reste commun ; seule la répartition des frais qui s’y rapportent peut être aménagée par les statuts. Lisez le règlement avant de trancher, pas l’usage observé.

Le deuxième est celui des équipements mixtes. Une colonne d’évacuation est commune, le raccordement qui part d’un évier ne l’est pas. Un châssis peut être privatif tout en étant soumis à des prescriptions communes d’aspect. La fiche parties privatives et parties communes détaille cette ligne de partage.

Le troisième est celui des dégradations causées par un occupant. Ce n’est plus de l’entretien, c’est une question de responsabilité, et elle se règle séparément du budget annuel.

Entretien courant ou travaux : où passe la frontière ?

La distinction n’est pas cosmétique, parce qu’elle change le mode de décision.

L’entretien courant se décide une fois par an, en bloc, par le vote du budget. Le syndic prépare deux enveloppes distinctes, et l’assemblée les approuve.

« de préparer le budget prévisionnel pour faire face aux dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d’administration des parties communes et équipements communs de l’immeuble, ainsi qu’un budget prévisionnel pour les frais extraordinaires prévisibles ; ces budgets prévisionnels sont soumis, chaque année, au vote de l’association des copropriétaires »
Art. 3.89, § 5, 16°, C. civ.

Une fois le budget prévisionnelGlossaireEstimation préparée par le syndic des dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d'administration des parties communes, et des frais extraordinaires prévisibles. Il est soumis au vote de l'assemblée générale. Voir le glossaire voté, le syndic commande les prestations qu’il couvre sans revenir devant l’assemblée à chaque passage d’un technicien. La construction de ces deux enveloppes est expliquée dans la fiche budget prévisionnel de copropriété, et leur traduction en appels de fonds dans le pilier charges de copropriété.

Les travaux qui affectent les parties communes relèvent d’une autre logique : ils se votent, à la majorité des deux tiers en principe, et à la majorité absolue lorsqu’ils sont imposés par la loi ou qu’ils constituent des actes conservatoires et d’administration provisoire (art. 3.88, § 1er, 1°, b)). Le calendrier complet d’un chantier figure dans travaux en copropriété, et la manière de compter les voix dans règles de vote et majorités.

Entre les deux se glisse l’urgence. Le syndic est chargé d’accomplir tous actes conservatoires et tous actes d’administration provisoire (art. 3.89, § 5, 2°). Une descente d’eau arrachée après une tempête se répare le jour même, sans attendre la prochaine réunion. Un remplacement programmé de chaudière, non.

Quel contenu donner à un contrat d’entretien ?

Un immeuble un peu équipé cumule vite plusieurs contrats : ascenseur, chaufferie, adoucisseur, portes de garage, détection incendie, nettoyage, espaces verts. Ils se signent une fois et se reconduisent seuls pendant des années, ce qui en fait le poste le plus facile à laisser dériver.

Point du contratÀ vérifier avant de signer ou de reconduire
Prestations inclusesListe précise des opérations couvertes par le forfait, et de celles facturées en plus
FréquenceNombre de visites annuelles et mois où elles se situent
Pièces et main-d’œuvreCe qui est compris dans le prix et ce qui est facturé au tarif horaire
Délai d’interventionTemps de réponse en cas de panne, et régime des interventions hors heures ouvrables
Durée et reconductionDurée initiale, préavis de résiliation, mécanisme d’indexation
RapportsRemise d’un rapport écrit après chaque passage, et destinataire de ce rapport

Au-delà d’un montant fixé par l’assemblée à la majorité des deux tiers, la mise en concurrenceGlossaireObligation de comparer plusieurs offres pour les marchés et contrats dont le montant dépasse le seuil fixé par l'assemblée générale à la majorité des deux tiers. Le syndic présente alors une pluralité de devis. Voir le glossaire devient obligatoire pour les marchés et les contrats, et le syndic présente une pluralité de devis établis sur la base d’un cahier des charges préalablement élaboré (art. 3.88, § 1er, 1°, c), et art. 3.89, § 5, 11°). Si votre assemblée n’a jamais fixé ce montant, c’est un point à inscrire à l’ordre du jour de la prochaine réunion.

Ascenseur et chauffage : les contrôles imposés par la réglementation

Deux équipements sortent du régime du simple contrat privé, parce que des textes en fixent eux-mêmes le contrôle.

Pour l’ascenseur, le propriétaire ou le gestionnaire doit faire procéder à un entretien préventif par une entreprise d’entretien, à des inspections préventives régulières par un service externe pour les contrôles techniques, à une analyse de risques tous les quinze ans, et aux travaux de modernisation nécessaires. Il doit aussi constituer et conserver un dossier reprenant ces documents. Les échéances de modernisation fixées pour les appareils existants sont toutes dépassées : selon la date de mise en service, elles couraient jusqu’au 31 décembre 2014, 2016 ou 2022 (SPF Économie). Un immeuble qui n’a pas encore fait le point mérite de commencer par réclamer le dossier de l’appareil.

Pour le chauffage, l’entretien et le contrôle périodique sont deux choses distinctes. L’entretien nettoie et règle l’installation ; le contrôle périodique vérifie sa conformité et donne lieu à une attestation. Sa fréquence dépend de la Région et du combustible.

InstallationBruxellesWallonie
Chaudière au gaz jusqu’à 100 kWTous les 2 ansTous les 3 ans
Chaudière au gaz de plus de 100 kWTous les 2 ansTous les 2 ans
Chaudière au combustible liquideTous les ansTous les ans
Chaudière au combustible solideTous les ansTous les ans

Sources : Bruxelles Environnement pour la Région de Bruxelles-Capitale, SPW Énergie pour la Wallonie. Dans les deux cas, l’intervention doit être réalisée par un technicien agréé pour le combustible concerné, et l’attestation se conserve avec les documents de l’immeuble.

La détection incendie, les extincteurs et l’évacuation suivent encore d’autres règles, régionales et communales : la fiche sécurité incendie en copropriété les traite à part.

Garder la trace entre deux assemblées

Un entretien correctement fait mais non documenté se paie deux fois : une fois au technicien, une fois le jour où il faut prouver qu’il a eu lieu.

Tenez un relevé simple, équipement par équipement, avec la date de la dernière intervention, celle de la prochaine échéance et le nom du prestataire. Ce document tient sur une page et suffit à préparer le budget de l’année suivante sans reconstituer l’historique à partir des factures.

Classez au même endroit les rapports de visite, les attestations de contrôle et les garanties. Ce sont les pièces que réclame un acquéreur potentiel, et celles sur lesquelles s’appuie l’assureur quand un sinistre survient. La question de leur transmission lors d’une vente est traitée dans documents à fournir lors d’une vente.

Entre deux assemblées, le conseil de copropriété, obligatoire dans les immeubles d’au moins vingt lots hors caves, garages et parkings, veille à la bonne exécution des missions du syndic. Dans un petit immeuble sans conseil, un copropriétaire volontaire qui fait le tour des communs deux fois par an rend le même service.

Enfin, signalez par écrit. Une trace d’humidité mentionnée en passant dans le hall n’engage personne ; la même observation adressée au syndic par courriel date le constat et ouvre le dossier. Si elle concerne une infiltration, la suite est décrite dans dégâts des eaux et infiltrations. Pour replacer l’entretien dans l’ensemble de la vie de l’immeuble, revenez à la page gestion d’un immeuble en copropriété, et pour les chantiers d’amélioration qui prolongent l’entretien, voyez rénovation énergétique et primes.

À faire, à éviter

À faire
  • Tenir un relevé daté des interventions, équipement par équipement
  • Vérifier que l’attestation de contrôle du chauffage est toujours valable
  • Comparer le forfait d’un contrat et la liste réelle de ses prestations
  • Signaler au syndic par écrit tout désordre constaté dans les communs
À éviter
  • Laisser un contrat se reconduire sans jamais rouvrir le sujet
  • Confondre nettoyage des communs et maintenance des équipements
  • Faire réparer soi-même une partie commune sans prévenir le syndic
  • Reporter un petit entretien jusqu’à ce qu’il devienne un chantier

Où l’entretien se perd le plus souvent

PosteConstatVérification
Toiture et évacuationsPersonne ne monte tant qu’il n’y a pas de trace d’humidité au dernier étageFaire inspecter les descentes et les chéneaux, et dater le rapport
AscenseurLe contrat d’entretien tourne, mais l’analyse de risques n’a jamais été retrouvéeRéclamer le dossier de l’ascenseur et la date de la dernière analyse de risques
Chauffage collectifL’entretien est fait, le contrôle réglementaire ne l’est pasDistinguer la facture d’entretien de l’attestation de contrôle périodique et vérifier sa date
ContratsLe forfait couvre moins de prestations qu’il y a cinq ans, au même prixRelire l’annexe des prestations incluses avant la date de reconduction
Traces écritesLes rapports de visite restent chez le prestataireExiger une copie après chaque passage et la verser au dossier de l’immeuble

Questions fréquentes

L’entretien des parties communes doit-il être voté chaque année ?

Oui, par le biais du budget. Le syndic prépare un budget prévisionnel pour les dépenses courantes de maintenance, de fonctionnement et d’administration des parties communes, ainsi qu’un budget pour les frais extraordinaires prévisibles. Ces budgets sont soumis chaque année au vote de l’association des copropriétaires (art. 3.89, § 5, 16°, C. civ.). Chaque intervention isolée ne fait pas l’objet d’un vote séparé.

Le syndic peut-il faire réparer sans attendre l’assemblée ?

Oui, dans la limite de sa mission. Le syndic est chargé d’accomplir tous actes conservatoires et tous actes d’administration provisoire (art. 3.89, § 5, 2°, C. civ.). Une réparation qui ne peut pas attendre sans aggraver le dommage entre dans ce cadre, pas un remplacement programmé.

Qui paie l’entretien d’une terrasse dont un seul lot a l’usage ?

Tout dépend des statuts. Un élément grevé d’un droit de jouissance privative reste une partie commune, et c’est le règlement de copropriété qui fixe les critères et le mode de calcul de la répartition des charges qui s’y rapportent (art. 3.85, § 1er, C. civ.). La réponse se lit dans le règlement, pas dans l’usage constaté.

Faut-il mettre les contrats d’entretien en concurrence ?

Au-delà d’un certain montant, oui. L’assemblée fixe à la majorité des deux tiers le montant des marchés et des contrats à partir duquel la mise en concurrence est obligatoire (art. 3.88, § 1er, 1°, c), C. civ.), et le syndic présente alors une pluralité de devis établis sur la base d’un cahier des charges préalablement élaboré (art. 3.89, § 5, 11°, C. civ.).

À quelle fréquence un ascenseur doit-il être contrôlé ?

Le propriétaire ou le gestionnaire doit faire procéder à un entretien préventif par une entreprise d’entretien, à des inspections préventives par un service externe pour les contrôles techniques, et à une analyse de risques tous les quinze ans. Il doit aussi constituer et conserver un dossier reprenant ces documents (SPF Économie).

Sources officielles et références
Fiche informative, adaptée au droit belge. Elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel sur votre dossier.Signaler une erreur · Charte éditoriale