Contester une décision d'AG : qualifier le grief et saisir le juge de paix
Une décision d'assemblée vous paraît irrégulière ou injuste ? Le Code civil vous permet de demander au juge de paix de l'annuler ou de la réformer, à condition d'agir dans les quatre mois et de démontrer un préjudice personnel.
Sommaire de la fiche
Article 3.92, § 3, du Code civil, Action en annulation ou en réformation d'une décision de l'assemblée générale
« Tout copropriétaire peut demander au juge d'annuler ou de réformer une décision irrégulière, frauduleuse ou abusive de l'assemblée générale si elle lui cause un préjudice personnel. Cette action doit être intentée dans un délai de quatre mois, à compter de la date à laquelle l'assemblée générale a eu lieu. »Consulter le texte ↗
- Noter la date butoirCalculez la fin du délai de quatre mois à partir de la date de l'assemblée.
- Rassembler les piècesRéunissez convocation, procès-verbal, procurations, devis et échanges avec le syndic.
- Qualifier le griefDéterminez si la décision est irrégulière, frauduleuse ou abusive, et en quoi elle vous cause un préjudice personnel.
- Tenter une solution amiableÉcrivez au syndic et au conseil de copropriété, ou demandez l'inscription du point à une nouvelle assemblée.
- Saisir le juge de paixIntroduisez l'action avant l'expiration du délai, seul ou avec un avocat.
art. 3.92, § 3art. 3.92, § 4art. 3.92, § 8Une décision d'assemblée générale s'impose à tous les copropriétaires, y compris à ceux qui ont voté contre. Pour contester une décision d'AG, il ne suffit pas de la trouver mauvaise : il faut saisir le juge, dans un délai court, avec un motif que la loi reconnaît. Passé ce délai, la décision devient en principe définitive, même si elle était irrégulière.
La règle est posée par l'article 3.92, § 3, du Code civil, identique à Bruxelles et en Wallonie. Les litiges de copropriété relèvent du juge de paixGlossaireJuge compétent pour tous les litiges relatifs à la copropriété des immeubles bâtis, quel que soit le montant de la demande, depuis le 1er janvier 2019. Une clause des statuts qui confierait ces litiges à un arbitre est réputée non écrite. Voir le glossaire.
Quatre conditions pour agir
L'action en annulation repose sur quatre éléments cumulatifs.
Il faut d'abord une décision de l'assemblée générale. Une initiative du syndic prise sans vote se conteste autrement, en interpellant le syndic, le conseil de copropriété puis l'assemblée. Les recours contre le syndic sont traités dans la fiche responsabilité du syndic.
Il faut ensuite être copropriétaire. L'occupant qui ne vote pas, comme le locataire, dispose d'un régime distinct prévu à l'article 3.93.
La décision doit être irrégulière, frauduleuse ou abusive. Ces trois mots recouvrent des situations différentes, détaillées plus bas.
Enfin, elle doit vous causer un préjudice personnel. L'irrégularité seule ne suffit pas : vous devez expliquer en quoi la décision vous atteint, par exemple parce qu'elle vous impose une charge, restreint l'usage de votre lot ou vous a privé de la possibilité de voter en connaissance de cause.
Irrégulière, frauduleuse ou abusive : quelle différence ?
La décision irrégulière
C'est le cas le plus simple à démontrer, car il se lit dans les documents. La décision viole une règle de la loi ou des statuts. Quelques exemples typiques :
| Irrégularité | Où la repérer |
|---|---|
| Convocation envoyée moins de quinze jours avant, sans urgence | Date de l'envoi, récépissé du recommandé |
| Copropriétaire non convoqué, ou convoqué par e-mail sans accord écrit | Liste d'envoi, accord écrit |
| Point voté alors qu'il ne figurait pas à l'ordre du jour | Convocation et procès-verbal |
| Quorum non atteint au début de la séance | Liste de présence, procès-verbal |
| Majorité inférieure au seuil légal (travaux aux parties communes votés à la majorité absolue) | Résultat chiffré au procès-verbal |
| Mandataire au-delà de trois procurations hors exception des 10 %, ou syndic mandataire | Procurations annexées |
Les seuils à vérifier figurent dans la fiche règles de vote et majorités, et les exigences de forme de la convocation dans convocation à l'assemblée générale.
La décision frauduleuse
La fraude suppose une manœuvre destinée à tromper les copropriétaires ou à fausser le vote : devis falsifié, information sciemment cachée sur un conflit d'intérêts, procurations fabriquées. Elle est plus difficile à prouver, puisqu'il faut établir l'intention.
La décision abusive
Une décision peut respecter toutes les formes et être malgré tout abusive. On parle d'abus de majorité lorsque la majorité impose une décision sans intérêt réel pour la copropriété, ou dans le but de favoriser certains copropriétaires au détriment d'autres. Le juge n'a pas à dire si la décision était la meilleure possible. Il vérifie si la majorité a dépassé les limites d'un usage normal de son pouvoir.

Quatre mois à compter de la date de l'assemblée
L'action doit être intentée dans un délai de quatre mois à compter de la date à laquelle l'assemblée générale a eu lieu. Le point de départ n'est ni la réception du procès-verbal, ni la découverte de l'irrégularité. Si l'assemblée s'est tenue le 12 mars, l'action doit être introduite au plus tard le 12 juillet.
Le procès-verbal doit vous être transmis dans les trente jours suivant l'assemblée (art. 3.87, § 12). Dans le pire des cas, il vous reste donc un peu plus de trois mois après sa réception. Consultez la fiche procès-verbal d'assemblée générale pour savoir ce qu'il doit contenir.
Les démarches amiables sont utiles, mais elles ne suspendent pas le délai. Si le syndic promet de remettre le point à l'ordre du jour, notez la date butoir et agissez en justice si rien n'est réglé à temps.
Comment saisir le juge de paix ?
Tous les litiges en matière de copropriété relèvent de la justice de paix. Renseignez-vous auprès du greffe sur la justice de paix territorialement compétente, les modalités d'introduction et les frais. Devant le juge de paix, vous pouvez vous défendre vous-même ; l'aide d'un avocat reste précieuse pour une question de procédure ou un abus de majorité. La fiche juge de paix et litiges de copropriété détaille le déroulement.
L'action est dirigée contre l'association des copropriétairesGlossairePersonne morale qui réunit les copropriétaires et a pour objet exclusif la conservation et l'administration de l'immeuble. Elle acquiert la personnalité juridique dès la cession d'un premier lot, à condition que l'acte de base et le règlement de copropriété soient transcrits. Voir le glossaire, qui est représentée par le syndic. Préparez un dossier chronologique : convocation, procès-verbal, procurations si elles sont en cause, pièces soumises au vote, courriers échangés.
Vous pouvez demander au juge d'annuler la décision ou de la réformer, c'est-à-dire de la modifier. Avant d'entamer la procédure, mesurez aussi l'impact d'une annulation : si des travaux ont déjà commencé, une annulation peut créer d'autres difficultés.
Côté frais, la loi protège le copropriétaire qui obtient gain de cause. Lorsque sa demande est déclarée fondée, il est dispensé de toute participation à la dépense commune aux honoraires et dépens, dont la charge est répartie entre les autres copropriétaires. Pendant la procédure, continuez à payer vos charges : un refus de paiement vous exposerait à une procédure de recouvrement, sans rien apporter à votre recours.
Un exemple de calendrier
L'assemblée se tient le 12 mars. Le 3 avril, vous recevez le procès-verbal : des travaux de façade ont été votés à la majorité absolue, alors que des travaux affectant les parties communes exigent les deux tiers. Vous écrivez au syndic le 5 avril en rappelant l'article 3.88 et en demandant une nouvelle assemblée. Fin mai, pas de réponse.
Le délai expire le 12 juillet. Vous rassemblez la convocation, le procès-verbal, votre courrier et la réponse éventuelle, puis vous consultez un avocat ou vous vous renseignez au greffe. L'action est introduite début juillet, dans le délai. Si le syndic convoque entre-temps une assemblée qui revote correctement le point, vous pourrez réévaluer l'intérêt de poursuivre.
Les autres recours prévus par l'article 3.92
L'action en annulation n'est pas le seul outil. Si le syndic néglige ou refuse abusivement de convoquer une assemblée, tout copropriétaire peut demander au juge d'ordonner cette convocation dans le délai qu'il fixe, sur la proposition que ce copropriétaire détermine (art. 3.92, § 4).
À l'inverse, lorsqu'une minorité de copropriétaires empêche abusivement l'assemblée de prendre une décision à la majorité requise par la loi, tout copropriétaire lésé peut s'adresser au juge pour qu'il se substitue à l'assemblée et prenne la décision requise (art. 3.92, § 8). C'est une voie utile quand quelques voix bloquent des travaux indispensables.
Pour la vue d'ensemble de l'assemblée générale et de ses organes, revenez à la page assemblée générale de copropriété.
À faire, à éviter
- Voter contre ou vous abstenir et le faire acter au procès-verbal si vous désapprouvez
- Consulter les documents avant l'assemblée plutôt qu'après
- Garder une preuve datée de chaque démarche amiable
- Consulter un avocat tôt si le délai approche
- Attendre la réponse du syndic en laissant filer le délai
- Calculer les quatre mois à partir de la réception du procès-verbal
- Refuser de payer les charges votées en guise de protestation
- Invoquer une irrégularité sans montrer en quoi elle vous nuit
Questions fréquentes
J'ai voté pour la décision. Puis-je encore la contester ?
La loi ouvre l'action à tout copropriétaire qui subit un préjudice personnel. La brochure des notaires indique toutefois que les copropriétaires présents qui ont voté favorablement ne peuvent pas contester. Si vous désapprouvez, votez contre ou abstenez-vous et vérifiez que le procès-verbal le mentionne.
Le délai de quatre mois peut-il être prolongé ?
Le texte le fait courir à compter de la date à laquelle l'assemblée a eu lieu, sans prévoir de prolongation (art. 3.92, § 3, C. civ.). Une démarche amiable ne le suspend pas. Ne comptez pas sur la date de réception du procès-verbal.
Quel tribunal est compétent ?
Le juge de paix. Les tribunaux belges indiquent que tous les litiges en matière de copropriété relèvent de sa compétence. Renseignez-vous auprès d'un greffe de justice de paix pour savoir laquelle est territorialement compétente et comment introduire la demande.
Si je gagne, vais-je payer une part des frais d'avocat de l'association ?
Non, si votre demande est déclarée fondée : vous êtes alors dispensé de toute participation à la dépense commune aux honoraires et dépens, qui est répartie entre les autres copropriétaires (art. 3.92 C. civ.).