La loi et les statuts

Juge de paix et copropriété : saisir, calculer le délai, tenter la conciliation

Depuis 2019, le juge de paix tranche tous les litiges de copropriété, quel que soit le montant. Avant de le saisir, il faut savoir qui peut agir, dans quel délai, et si une conciliation gratuite ne suffit pas.

Sommaire de la fiche
La marche à suivre
  1. Dater le litigeNotez la date de l'assemblée ou du fait en cause pour calculer le délai d'action.
  2. Réunir les piècesRassemblez statuts, ROI, convocation, procès-verbal, échanges avec le syndic et décomptes.
  3. Tenter l'amiableÉcrivez au syndic ou au conseil de copropriété, puis envisagez une médiation ou une conciliation au greffe.
  4. Saisir le juge de paixIntroduisez la demande par citation, requête contradictoire quand la loi le permet ou comparution volontaire.
  5. Suivre et exécuterComparaissez à l'audience, puis faites signifier le jugement ou le procès-verbal de conciliation si nécessaire.
4 moisDélai pour demander l'annulation ou la réformation d'une décision d'assemblée, à compter de la date de l'assembléeart. 3.92, § 3
1/5Quotes-parts nécessaires, avec le syndic comme alternative, pour demander un administrateur provisoireart. 3.92, § 2
2 moisDélai d'action de l'occupant sans droit de vote, dès la communication, et au plus tard 4 mois après l'assembléeart. 3.93, § 5
DispensePas de participation aux honoraires et dépens pour le copropriétaire dont la demande contre l'ACP est déclarée totalement fondéeart. 3.92

Un décompte contesté, une assemblée qui vote des travaux sans respecter la majorité, un syndic qui ne convoque plus, un voisin qui ferme sa terrasse sans autorisation : tôt ou tard, un conflit de copropriété peut finir devant un juge. En Belgique, ce juge est le juge de paix. La loi du 18 juin 2018, entrée en vigueur le 1er janvier 2019, lui a confié l'ensemble des litiges relatifs à la copropriété des immeubles bâtis, indépendamment du montant de la demande.

Cette fiche explique qui peut saisir le juge de paix en copropriété, pour quoi, dans quels délais, et quelles solutions essayer avant. Elle s'inscrit dans le cadre juridique de la copropriété. Pour les conflits de voisinage qui ne relèvent pas des règles de la copropriété, voyez aussi conflits entre copropriétaires.

Le juge de paix, seul compétent pour la copropriété

Le Code judiciaire, modifié par la loi de 2018, attribue au juge de paix les contestations relatives à la copropriété forcée des immeubles ou groupes d'immeubles bâtis, quel que soit le montant en jeu. Un litige de 50 000 euros sur des travaux de toiture relève donc de la justice de paix, alors que la compétence générale de ce juge est limitée aux demandes n'excédant pas 5 000 euros.

Deux précisions. D'abord, une clause des statuts qui renverrait les conflits à un arbitre est réputée non écrite (article 3.85, § 5) : vous ne pouvez pas être privé du juge. Ensuite, l'appel contre un jugement du juge de paix est porté devant le tribunal de première instance, sauf lorsque le jugement est rendu en dernier ressort en raison du faible montant de la demande.

Qui peut saisir le juge de paix, et pour quoi ?

Le Code civil ouvre l'action à plusieurs personnes, chacune pour des demandes précises.

DemandeurDemandes possiblesArticle
L'association des copropriétaires, représentée par le syndicToute action en demandant ou en défendant, notamment le recouvrement des charges ; les demandes urgentes ou conservatoires sur les parties communes, sous ratification de l'assemblée3.92, § 1er ; 3.86, § 3
Tout copropriétaireAnnulation ou réformation d'une décision d'assemblée ; convocation d'une assemblée si le syndic néglige ou refuse abusivement de le faire ; autorisation de travaux urgents et nécessaires ; rectification des quotes-parts ou de la répartition des charges3.92, §§ 3, 4, 5 et 7
Un copropriétaire, pour son lotToute action relative à son lot, après en avoir informé le syndic3.92, § 1er
Le syndic ou des copropriétaires détenant au moins un cinquième des quotes-partsDésignation d'un ou plusieurs administrateurs provisoiresGlossairePersonne désignée par le juge, à la demande du syndic ou de copropriétaires détenant au moins un cinquième des quotes-parts, lorsque l'équilibre financier de la copropriété est gravement compromis ou que la conservation de l'immeuble est impossible. Voir le glossaire si l'équilibre financier est gravement compromis ou si la conservation de l'immeuble est impossible3.92, § 2
Tout copropriétaire ou tout tiers intéresséNomination d'un syndic à défaut de désignation par l'assemblée3.89, § 1er
L'occupant sans droit de voteAnnulation ou réformation d'une disposition du ROI ou d'une décision qui lui cause un préjudice propre3.93, § 5

Le cas de la majorité bloquée mérite une mention. Lorsqu'une minorité empêche abusivement l'assemblée de prendre une décision à la majorité requise par la loi, tout copropriétaire lésé peut demander au juge de se substituer à l'assemblée et de prendre la décision à sa place. Et un copropriétaire peut obtenir l'autorisation d'exécuter à ses frais des travaux utiles lorsque l'assemblée s'y oppose sans juste motif.

Illustration au trait : la loi et les statuts
La loi et les statuts · illustration de la rédaction

L'action en annulation : quatre mois et un préjudice personnel

C'est le recours le plus fréquent. Il vise une décision de l'assemblée générale qui est :

  • irrégulière, par exemple adoptée sans le quorum, à une majorité insuffisante ou sur un point absent de l'ordre du jour ;
  • frauduleuse, c'est-à-dire obtenue par des manœuvres ;
  • abusive, lorsque la majorité use de son pouvoir contre l'intérêt collectif ou au détriment d'un copropriétaire sans raison légitime.

Deux conditions encadrent l'action en annulationGlossaireRecours par lequel un copropriétaire demande au juge d'annuler ou de réformer une décision irrégulière, frauduleuse ou abusive de l'assemblée générale qui lui cause un préjudice personnel. Elle doit être intentée dans les quatre mois à compter de la date de l'assemblée. Voir le glossaire. La décision doit vous causer un préjudice personnel, et l'action doit être intentée dans les quatre mois à compter de la date de l'assemblée. Le juge peut annuler la décision ou la réformer. La méthode pour construire votre contestation, du repérage de l'irrégularité au courrier au syndic, est détaillée dans la fiche contester une décision d'AG.

Faut-il passer par une médiation ou une conciliation d'abord ?

La loi n'impose pas de préalable amiable pour les litiges de copropriété. Deux outils méritent pourtant d'être envisagés, parce qu'ils règlent souvent le fond plus vite qu'un procès et préservent les relations dans l'immeuble.

La conciliation au greffe de la justice de paix

La conciliation est gratuite. Vous la demandez par simple lettre, ou oralement, au greffe de la justice de paix, en indiquant vos coordonnées, l'identité et l'adresse de l'autre partie, un exposé des faits et ce que vous cherchez à obtenir. Le juge convoque les parties et tente de les rapprocher. En cas d'accord, il en dresse un procès-verbal qui a la même valeur qu'un jugement.

La médiation

La médiationGlossaireMode volontaire de règlement des conflits, dans lequel un tiers neutre aide les parties à trouver un accord. Un médiateur agréé par la Commission fédérale de médiation peut être choisi, et l'accord peut être homologué par le juge pour devenir exécutoire. Voir le glossaire est volontaire. Vous choisissez ensemble un médiateur, de préférence agréé par la Commission fédérale de médiation, qui tient le registre des médiateurs agréés. Les honoraires se fixent par accord et sont en général partagés par moitié. L'accord obtenu peut être homologué par le juge, ce qui le rend exécutoire.

Pour un conflit portant sur l'interprétation des statuts ou sur la répartition de charges, la médiation permet souvent de rediscuter la clé elle-même, ce qu'un jugement d'annulation ne fait pas.

Comment se déroule la procédure devant le juge de paix ?

Les modes d'introduction sont ceux de toute procédure devant la justice de paix :

  1. la citation, signifiée par un huissier de justice ;
  2. la requête contradictoire, déposée au greffe, lorsque la loi autorise ce mode ;
  3. la comparution volontaire, lorsque les deux parties se présentent ensemble devant le juge.

La demande est dirigée contre la bonne partie. Si vous contestez une décision d'assemblée, c'est l'association des copropriétaires qui est défenderesse, représentée par le syndic, et non le syndic à titre personnel. Le syndic doit ensuite informer sans délai les copropriétaires de l'action intentée contre l'association.

Pendant la procédure, la décision contestée reste en principe applicable. Une exception existe pour la démolition et la reconstruction totales de l'immeuble votées pour des raisons de salubrité ou de sécurité : l'association doit alors saisir elle-même le juge de paix dans les quatre mois de l'assemblée, et l'exécution de la décision reste suspendue jusqu'à une décision judiciaire définitive (article 3.92, § 1er).

Qui paie les frais ?

Le copropriétaire dont la demande contre l'association est déclarée totalement fondée par le juge est dispensé de toute participation à la dépense commune aux honoraires et dépens, dont la charge est répartie entre les autres copropriétaires. La loi vise une demande déclarée totalement fondée : une victoire partielle ne suffit pas à déclencher cette dispense.

Celui qui demande au juge de convoquer une assemblée ou d'autoriser des travaux urgents est en outre dégagé de toute responsabilité pour les dommages résultant de l'absence de décision, s'il n'est pas débouté (article 3.92, § 6).

Si le litige porte sur des charges impayées, la procédure suit une logique propre, de la mise en demeure au jugement ; elle est décrite dans la fiche copropriétaire impayé : que faire. Vos droits de copropriétaire en amont du conflit sont rassemblés dans droits et obligations des copropriétaires.

À faire, à éviter

À faire
  • Calculer le délai de quatre mois à partir de la date de l'assemblée, pas de la réception du procès-verbal
  • Démontrer le préjudice personnel que vous cause la décision attaquée
  • Informer le syndic avant d'agir seul pour votre lot
  • Demander une conciliation gratuite par simple lettre au greffe
À éviter
  • Attendre la prochaine assemblée pour contester une décision
  • Assigner le syndic personnellement quand c'est l'ACP qui est en cause
  • Invoquer une clause d'arbitrage des statuts, réputée non écrite
  • Arrêter de payer vos charges en attendant le jugement

Questions fréquentes

Faut-il un avocat pour aller devant le juge de paix en copropriété ?

Non, l'avocat n'est pas obligatoire devant la justice de paix : vous pouvez vous défendre seul. Pour une action en annulation ou une demande d'administrateur provisoire, l'aide d'un avocat reste utile, notamment pour rédiger l'acte introductif et chiffrer le préjudice.

Le délai de quatre mois court-il à partir de la réception du procès-verbal ?

Non. Pour un copropriétaire, l'article 3.92, § 3, fait courir le délai à compter de la date à laquelle l'assemblée générale a eu lieu. Un procès-verbal reçu tardivement ne prolonge pas ce délai.

Un locataire peut-il saisir le juge de paix contre une décision de l'assemblée ?

Oui, s'il occupe l'immeuble en vertu d'un droit personnel ou réel sans disposer du droit de vote et que la décision, adoptée après la naissance de son droit, lui cause un préjudice propre. Il agit dans les deux mois de la communication qui lui en est faite, et au plus tard dans les quatre mois de l'assemblée.

Que se passe-t-il si l'assemblée n'arrive jamais à décider des travaux urgents ?

Tout copropriétaire peut se faire autoriser par le juge à accomplir seul, aux frais de l'association, des travaux urgents et nécessaires affectant les parties communes lorsque la majorité requise ne peut être atteinte (article 3.92, § 5).

Le procès-verbal de conciliation a-t-il une valeur juridique ?

Oui. Selon le site officiel des Cours et tribunaux, le procès-verbal de conciliation a la même valeur qu'un jugement. Si l'autre partie ne le respecte pas, vous pouvez en commander une expédition au greffe et le faire exécuter par un huissier de justice.

Sources officielles et références
Fiche informative, adaptée au droit belge. Elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel sur votre dossier.Signaler une erreur · Charte éditoriale