Bruxelles et Wallonie

Copropriété en Wallonie : les démarches régionales qui s’ajoutent à la loi

Votre immeuble est wallon et vous cherchez ce que la Région exige en plus du Code civil. La réponse porte sur le bâtiment, et le financement de la rénovation a changé de forme le 1er octobre 2026.

Sommaire de la fiche
La marche à suivre
  1. Dater le dernier contrôle de chaufferieRetrouvez l’attestation du dernier contrôle périodique et calculez la date du prochain selon le combustible.
  2. Constituer le dossier technique de l’immeubleRassemblez plans, factures de travaux communs et rapports de contrôle dans un dossier unique conservé au siège de l’association.
  3. Relever les certificats PEB des lotsDemandez à chaque copropriétaire s’il dispose d’un certificat, et notez sa date d’établissement.
  4. Faire chiffrer un audit d’immeuble à appartementsDemandez des offres d’auditeurs agréés avant de faire chiffrer le moindre poste de travaux.
  5. Mettre l’audit au vote avant les travauxInscrivez l’audit comme une dépense à part entière, à un point distinct de celui du chantier.
  6. Vérifier l’état du dispositif le mois du voteConsultez les pages régionales juste avant l’assemblée, les conditions de soutien changent de régime en régime.

Vous venez d’être désigné syndic bénévole d’un immeuble à Namur, ou vous siégez au conseil d’une copropriété liégeoise, et vous cherchez ce que la Wallonie réclame en plus du Code civil. La question arrive presque toujours par un courrier précis : une vente qui bloque sur un certificat PEB, une attestation de chaudière que personne ne retrouve, un devis d’isolation qui attendait une prime.

Disons-le d’emblée, cela fait gagner du temps : rien de ce qui est wallon ne touche au fonctionnement de la copropriété. Les majorités, les délais de convocation, les comptes et le mandat du syndic sont les mêmes à Namur qu’à Ixelles. Ce qui est régional porte sur le bâtiment. Et sur ce terrain, l’automne 2026 a déplacé deux repères d’un coup : le modèle du certificat PEB le 1er septembre, le financement de la rénovation le 1er octobre.

La loi est fédérale, l’argent de la rénovation ne l’est pas

Le régime de la copropriété forcéeGlossaireForme de copropriété dans laquelle un bien doit rester indivis en raison de sa fonction ou de sa destination, comme les parties communes d'un immeuble à appartements. Ces biens ne peuvent être partagés qu'avec l'accord de tous les copropriétaires. Voir le glossaire figure dans le Code civil, Livre 3, aux articles 3.78 à 3.100. Ces dispositions sont impératives : une clause des statuts qui les contredit est remplacée de plein droit par la règle légale (art. 3.100). Un immeuble de six lots à Verviers et un immeuble de deux cents lots à Charleroi relèvent du même texte que leurs équivalents bruxellois.

Ce qui module vos obligations, ce n’est donc pas la Région, c’est le nombre de lots. En dessous de vingt lots, caves, garages et parkings exclus, l’association peut tenir une comptabilité simplifiée (art. 3.89, § 5). À partir de vingt lots, comptés de la même façon, un conseil de copropriété devient obligatoire (art. 3.90). Le pilier copropriété en Belgique déroule ce partage entre le fédéral et le régional.

Trois matières sont wallonnes, et elles arrivent toutes par le bâti : la performance énergétique, le contrôle des installations de chauffage, le financement de la rénovation. La comparaison avec copropriété à Bruxelles est instructive sur un point. La Wallonie n’impose pas, à ce jour, d’objectif chiffré de consommation par logement assorti d’une co-responsabilité de l’association. Elle avance autrement : par le certificat, par l’audit, par le crédit.

Qui commande le certificat PEB, et que doit fournir le syndic ?

Le certificat est l’affaire du propriétaire du lot, pas de l’association. Il doit exister avant la mise en vente ou en location du logement, il est établi par un certificateur agréé après visite, et sa validité est de dix ans au maximum. Les indicateurs du certificat doivent figurer dans l’annonce elle-même : le document est donc un préalable à la publication, pas une pièce qu’on réunit en route vers l’acte.

Le modèle a changé le 1er septembre 2026. Les certificats établis avant cette date restent valables jusqu’à leur échéance. Ceux qui sont établis depuis comportent un parcours indicatif de rénovation vers le label A, l’ordre suggéré des travaux, le label attendu après travaux, la part d’énergie renouvelable produite sur place et, pour les logements équipés de panneaux photovoltaïques, le label avec et sans ces panneaux (Wallonie.be, le certificat PEB évolue).

Une précision concerne directement les immeubles à appartements : l’estimation indicative du coût des travaux recommandés n’est pas fournie pour les appartements. Un copropriétaire qui arrive en assemblée avec son nouveau certificat a donc une liste de travaux et un label cible, sans chiffre en face. Les devis, c’est au syndic qu’on les demandera.

Son rôle est d’ailleurs sous-estimé dans cette affaire. Le certificateur réclame des pièces qui ne sont pas chez le vendeur : plans, factures de travaux aux parties communes, caractéristiques de la chaufferie, rapports de contrôle. Un dossier technique constitué une fois et conservé au siège de l’association épargne la même recherche à chaque vente, et accélère les ventes elles-mêmes. Les pièces que le vendeur doit par ailleurs réunir sont listées dans documents à fournir lors d’une vente.

La Région prête désormais à l’association au lieu de lui verser une prime

C’est le changement le plus concret de l’année pour une copropriété wallonne, et il peut faire tomber un plan de financement voté au printemps.

Le régime des primes Habitation, qui permettait à une association des copropriétaires d’obtenir le montant de base d’une prime sans le coefficient appliqué selon les revenus, s’est arrêté le 30 septembre 2026. Depuis le 1er octobre 2026, le soutien wallon passe par deux prêts, le Rénopack et le Rénoprêt. Pour les parties communes, c’est le Rénoprêt à taux zéro.

Ce qui est financéMontantPlafond
Parties communes, copropriété de moins de vingt lotsJusqu’à 60 000 euros par logement600 000 euros pour l’immeuble
Parties communes, copropriété de vingt lots ou plusJusqu’à 60 000 euros par logement750 000 euros pour l’immeuble
Partie privative, emprunt du copropriétaireJusqu’à 60 000 euros par logementRevenus du ménage plafonnés à 122 800 euros

Deux conditions pèsent sur le calendrier de l’assemblée. La première : pour les parties communes, les travaux doivent s’appuyer sur un audit spécifique aux immeubles à appartements et répondre aux recommandations qui y sont formulées. La seconde : le régime réserve l’aide aux projets qui font gagner des labels, un logement classé G ou F devant viser au moins le label D, un logement classé E au moins le label C, avec des dérogations possibles pour des raisons techniques, fonctionnelles ou économiques justifiées (Wallonie.be, le nouveau régime de soutien).

Notre lecture est simple : un chantier wallon se vote maintenant en deux temps. L’audit d’abord, inscrit et payé comme une dépense à part entière. Les travaux ensuite, une fois le label cible connu et le saut de label vérifié. Voter le chantier avant l’audit expose l’association à financer sur fonds propres ce qu’un prêt à taux zéro aurait couvert. Les travaux affectant les parties communes se décident à la majorité des deux tiersGlossaireMajorité requise notamment pour les travaux affectant les parties communes, hors travaux imposés par la loi et conservatoires, et pour les modifications des statuts qui ne concernent que la jouissance, l'usage ou l'administration des parties communes. Voir le glossaire (art. 3.88, § 1er, 1°, b), C. civ.), et le mode de financement retenu gagne à figurer au même ordre du jour, en point distinct. L’état des dispositifs est suivi dans primes régionales de rénovation en copropriété, et la façon de caler un projet sur leur calendrier dans rénovation énergétique et primes.

Votre chaufferie est-elle en ordre de contrôle ?

Le contrôle périodique est une obligation wallonne distincte de l’entretien, et c’est celle qui se vérifie en cas d’inspection. Sa fréquence dépend du combustible, et pour le gaz, de la puissance.

CombustibleFréquence du contrôle périodique
Solide : bois, pellets, charbonTous les ans
Liquide : mazoutTous les ans
Gaz, puissance nominale utile inférieure ou égale à 100 kWTous les trois ans
Gaz, puissance nominale utile supérieure à 100 kWTous les deux ans

Seul un technicien chaudière agréé par la Région wallonne peut le réaliser. L’attestation est remise à la fin du passage, les tickets de l’analyseur de combustion agrafés ; si elle ne l’est pas, elle se réclame (SPW Énergie, entretien des chaudières et des brûleurs). Un diagnostic approfondi s’ajoute pour les installations de chauffage central de plus de 20 kW, ce qui vise à peu près toutes les chaufferies collectives.

L’entretien proprement dit n’est pas imposé par la réglementation wallonne. Nous le programmons quand même, et juste avant le contrôle : une chaudière entretenue passe, une chaudière qui échoue se repaie en seconde visite.

Côté combustible, l’installation d’une chaudière au mazout est interdite dans les bâtiments neufs depuis le 1er janvier 2026. Pour les bâtiments existants, l’interdiction d’installer et de remplacer est annoncée pour le 1er janvier 2031, avec dérogations lorsque les alternatives ne sont pas envisageables, et le remplacement du seul brûleur resterait possible jusqu’au 31 décembre 2034. Une chaufferie collective au mazout en fin de vie se remplace donc en regardant ce calendrier, pas seulement le devis du jour. La préparation financière passe par le fonds de réserveGlossaireSomme des apports périodiques destinés aux dépenses non périodiques, comme le renouvellement du chauffage ou de l'ascenseur. Il est obligatoire au plus tard cinq ans après la réception provisoire, avec une contribution annuelle d'au moins 5 % des charges communes ordinaires de l'exercice précédent, sauf décision contraire aux quatre cinquièmes. Voir le glossaire, dont la mécanique est décrite dans fonds de réserve et fonds de roulement.

Urbanisme et labels : que vérifier avant de chiffrer un chantier ?

L’urbanisme wallon relève du Code du développement territorial, et le permis est délivré par la commune. Le syndic ne peut pas répondre à sa place. Remplacer les châssis de la façade, isoler par l’extérieur, fermer un balcon : chaque cas dépend du bien, de la zone et du règlement communal. Une simplification est acquise et utile aux copropriétés : depuis le 1er mai 2025, les panneaux destinés à produire de l’électricité ou de la chaleur sur des bâtiments et structures existants sont dispensés de permis dans une série de situations. Interrogez la commune avant de chiffrer, pas après le vote.

Reste le calendrier annoncé, et il mérite d’être lu pour ce qu’il est. La Wallonie a adopté en deuxième lecture un décret qui engage le parc vers le label A en 2050, et son projet de plan de rénovation annonce des échéances : disparition des labels F et G d’ici 2035, puis label F en 2031, E en 2036, D en 2041, C en 2046 et B en 2050 pour les bâtiments existants. Pour les acquisitions à partir de 2028, l’acheteur disposerait de cinq ans après l’acte authentique pour atteindre le label D, puis C en 2031, B en 2036 et A en 2041.

Ces dates ne sont pas encore du droit opposable : le projet de plan doit être validé au niveau européen. Nous les traitons comme un horizon de planification, pas comme une obligation à inscrire telle quelle au procès-verbal. La conséquence pratique, elle, est immédiate pour un immeuble classé F ou G : l’audit est la pièce qui conditionne le prêt, et c’est lui qui dira si le saut de label exigé est atteignable dans ce bâtiment-là.

L’ordre du jour que nous proposerions pour la prochaine assemblée

Dans cet ordre, et il tient en une séance. Un point audit, avec mandat au syndic de demander des offres d’auditeurs agréés pour immeubles à appartements. Un point chaufferie, avec la date du dernier contrôle périodique et celle du prochain. Un point dossier technique, pour rassembler les pièces que réclament les certificateurs à chaque vente. Un point travaux en dernier, parce qu’il ne se chiffre utilement qu’une fois l’audit rendu. L’enchaînement complet d’un chantier est décrit dans travaux en copropriété.

Si une partie de votre patrimoine est bruxelloise, les échéances et les dispositifs n’y sont pas les mêmes : voyez copropriété à Bruxelles. À l’échelle d’une ville, copropriété à Liège descend dans le détail d’un parc plus ancien. Pour tout ce qui ne dépend pas de l’adresse, c’est-à-dire l’essentiel du travail d’un syndic, repartez du pilier copropriété en Belgique.

À faire, à éviter

À faire
  • Tenir un relevé des certificats PEB lot par lot, avec leur date
  • Conserver les attestations de contrôle périodique de la chaufferie sur place
  • Faire établir devis et factures au nom de l’association et de son numéro d’entreprise
  • Consulter la commune sur le permis avant de faire chiffrer un chantier de façade
À éviter
  • Voter un chantier aux parties communes avant d’avoir l’audit de l’immeuble
  • Traiter le certificat PEB d’un lot comme une affaire du seul vendeur
  • Confondre l’entretien de la chaudière et le contrôle périodique obligatoire
  • Inscrire au procès-verbal une échéance de label annoncée comme si elle était en vigueur

Où les dossiers wallons coincent le plus souvent

PosteConstatCe qu’il faut vérifier
Audit de l’immeubleLes travaux ont été votés et chiffrés avant tout auditVérifier qu’un audit d’immeuble à appartements précède le vote du chantier
Contrôle de la chaufferieL’entretien annuel est confondu avec le contrôle périodique réglementaireRetrouver l’attestation de contrôle et la périodicité applicable au combustible
Certificats PEB des lotsPersonne ne sait combien de logements en ont un, ni de quand il dateTenir un relevé par lot, avec la date et l’échéance des dix ans
Dossier de l’immeubleLe certificateur réclame des pièces que le syndic cherche dans ses courrielsConstituer un dossier technique unique, conservé au siège de l’association
Demandeur de l’aideLe devis est établi au nom du syndic ou d’un copropriétaireContrôler l’inscription de l’association à la Banque-Carrefour des Entreprises et la dénomination portée sur les pièces
Permis d’urbanismeLe chantier de façade est chiffré sans avoir interrogé la communeFaire confirmer par le service urbanisme si un permis est requis, avant le vote

Questions fréquentes

Les règles de copropriété sont-elles différentes en Wallonie ?

Non. Le régime de la copropriété forcée figure dans le Code civil, Livre 3, aux articles 3.78 à 3.100, et le Code civil est une loi fédérale. Les majorités, les délais de convocation, la comptabilité et le mandat du syndic sont identiques en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre. Ce qui est wallon porte sur le bâtiment : performance énergétique, contrôle des installations de chauffage, urbanisme et financement de la rénovation.

Une association des copropriétaires wallonne peut-elle encore obtenir une prime à la rénovation ?

Le régime des primes Habitation s’est arrêté le 30 septembre 2026. Depuis le 1er octobre 2026, le soutien wallon prend la forme de prêts. Pour les parties communes, l’association des copropriétaires peut obtenir un Rénoprêt à taux zéro pouvant atteindre 60 000 euros par logement, avec un plafond global de 600 000 euros en dessous de vingt lots et de 750 000 euros à partir de vingt lots.

Qui doit faire établir le certificat PEB d’un appartement wallon ?

Le propriétaire du lot, avant la mise en vente ou en location, et non l’association. Le certificat est établi par un certificateur agréé après visite et reste valable dix ans au maximum. Les indicateurs du certificat doivent figurer dans l’annonce, ce qui en fait un préalable à la publication et non une pièce à fournir au moment de l’acte.

À quelle fréquence la chaudière collective doit-elle être contrôlée ?

Le contrôle périodique est annuel pour les combustibles solides et liquides. Pour le gaz, il a lieu tous les trois ans lorsque la puissance nominale utile ne dépasse pas 100 kW, et tous les deux ans au-delà. Seul un technicien agréé par la Région wallonne peut le réaliser. Un diagnostic approfondi s’ajoute pour les installations de chauffage central de plus de 20 kW.

Les échéances de labels PEB annoncées pour 2031 et 2035 sont-elles obligatoires ?

Pas encore. Elles figurent dans le projet de plan de rénovation wallon, qui doit être validé au niveau européen, et dans le décret qui engage le parc vers le label A en 2050. Tant que ce plan n’est pas définitif, ces dates sont un horizon de planification et non une obligation opposable à votre association.

Sources officielles et références
Fiche informative, adaptée au droit belge. Elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel sur votre dossier.Signaler une erreur