La vie de l'immeuble

Assurance de copropriété : vérifier la police de l’immeuble et déclarer un sinistre

Une tache s’élargit au plafond du dernier étage et l’eau vient de la toiture. Reste à savoir quel contrat joue, celui de l’immeuble ou celui de l’appartement, et qui doit déclarer.

Sommaire de la fiche
La marche à suivre
  1. Ouvrir les statutsCherchez dans le règlement de copropriété la clause qui impose d’assurer l’immeuble et le niveau de garantie à maintenir.
  2. Demander les conditions particulièresRéclamez au syndic la police complète de l’immeuble, pas la seule attestation d’assurance.
  3. Lire la liste des garantiesRepérez ce qui est acquis d’office, ce qui a été ajouté en extension et ce qui manque.
  4. Contrôler la valeur assuréeVérifiez que le montant du bâtiment suit l’indice ABEX et tient compte des derniers travaux votés.
  5. Compléter côté privatifAssurez votre mobilier et votre responsabilité, que la police de l’immeuble ne couvre presque jamais.
  6. Mettre le contrat à l’ordre du jourInscrivez son évaluation à la prochaine assemblée ordinaire plutôt que d’attendre le prochain dégât.

Une tache brune s’élargit au plafond du dernier étage, et l’eau vient de la toiture. Le copropriétaire du dessous parle de dégât des eaux, le syndic parle de couverture à refaire, et la question qui commande la suite arrive en dernier : quel contrat joue, celui de l’immeuble ou celui de l’appartement ? Dans beaucoup d’immeubles, personne n’a relu la police depuis la souscription.

Cette situation se règle bien mieux avant le sinistre qu’après. Nous le disons d’emblée : en copropriété belge, l’assurance du bâtiment ne repose presque jamais sur une obligation légale, mais sur les statuts et sur une décision d’assemblée. Autant savoir ce que cette décision a produit, et où elle s’arrête.

L’immeuble est-il obligé d’être assuré ?

Pas par le Code civil. Les articles consacrés à la copropriété forcée des immeubles bâtis n’imposent qu’une seule assurance, et ce n’est pas celle du bâtiment.

« de souscrire une assurance responsabilité couvrant l’exercice de sa mission et de fournir la preuve de cette assurance ; en cas de mandat gratuit, cette assurance est souscrite aux frais de l’association des copropriétaires »
Art. 3.89, § 5, 8°, C. civ.

Cette phrase mérite deux lectures quand le syndic est un copropriétaire qui rend service. Le caractère gratuit du mandat ne supprime pas l’obligation : il en déplace le coût vers l’association (Code civil, Livre 3, Justel). Le détail de cette couverture, son étendue et son prix sont traités dans assurance de responsabilité du syndic bénévole.

Pour le bâtiment, l’obligation vient d’ailleurs. Au niveau fédéral, l’assurance incendie est recommandée et non imposée aux propriétaires ; elle devient obligatoire par contrat, le plus souvent à la demande d’un prêteur hypothécaire, ou par une réglementation régionale qui vise les locataires. En copropriété, c’est donc le règlement de copropriété qu’il faut ouvrir en premier : la clause y figure presque toujours, et elle va parfois jusqu’à fixer le niveau de garantie à maintenir.

L’assemblée générale décide le plus souvent de ne pas laisser chacun s’assurer de son côté et charge le syndic de souscrire un seul contrat pour le compte de tous les copropriétaires. C’est ce que le marché appelle une police globale. Elle peut couvrir les parties communes et les parties privatives, ce qui explique la confusion fréquente sur son étendue réelle.

La police d’un immeuble couvre plus que l’incendie

Sauf convention contraire, une assurance incendie garantit les dégâts causés par l’incendie, la foudre, l’explosion, l’implosion, la chute ou le heurt d’un appareil de navigation aérienne, et le heurt de tout autre véhicule ou d’un animal (art. 115 de la loi du 4 avril 2014 relative aux assurances). Trois garanties s’y ajoutent d’office dès que le contrat couvre des « risques simples », la catégorie dans laquelle se rangent les immeubles d’habitation courants : les dommages résultant d’un attentat ou d’un conflit de travail, ceux d’une tempête, et ceux d’une catastrophe naturelle (art. 123 de la même loi). Pour un très grand ensemble, la question de la catégorie se pose réellement et se vérifie auprès de l’assureur, parce que la réponse change les garanties acquises sans négociation.

Statut de la garantiePérils et frais concernés
Acquise sauf convention contraireIncendie, foudre, explosion, implosion, chute ou heurt d’un appareil de navigation aérienne, heurt d’un autre véhicule ou d’un animal
Obligatoire en risques simplesAttentat ou conflit de travail, tempête, catastrophe naturelle : inondation, débordement ou refoulement d’égouts publics, tremblement de terre, glissement de terrain
Extension fréquente, à confirmer contrat en mainDégâts des eaux par rupture de canalisation, débordement de gouttières ou infiltration par le toit, gel, action de l’électricité, fumée et suie, bris de vitrage, dommages au bâtiment après cambriolage ou vandalisme
Frais pris en charge en plus de l’indemnitéSauvetage, démolition et évacuation des déblais, conservation du mobilier, relogement, expertise, chômage immobilier, recours de tiers
FacultativeVol et vandalisme, pertes indirectes

Source : SPF Économie, assurance incendie risques simples.

Deux lignes de ce tableau méritent l’attention d’une assemblée. Les dégâts des eaux relèvent d’une extension, très répandue mais jamais automatique, et leur définition contractuelle décide de tout : une police peut couvrir la rupture d’une canalisation et exclure l’infiltration par la toiture, alors que les deux ressemblent au même désordre pour celui qui vit dessous. Le chômage immobilier, ensuite, indemnise la privation de jouissance quand un logement devient inhabitable pendant la reconstruction. Une exception vaut d’être connue pour les zones à risque : l’assureur peut refuser la couverture contre l’inondation et contre le refoulement d’égouts publics pour un bâtiment construit plus de dix-huit mois après la publication de l’arrêté royal qui a classé la zone.

Qui assure quoi, entre l’immeuble et votre appartement ?

La police de l’immeuble s’arrête presque toujours au bâti. Le contenu des appartements et des dépendances, mobilier, électroménager, vélos et effets personnels, n’est généralement pas couvert. Chaque copropriétaire garde donc un contrat à son nom, ne serait-ce que pour son contenu et pour sa responsabilité.

Un copropriétaire qui loue son appartement a un contrôle supplémentaire à faire, et il dépend de la Région. En Wallonie, pour les baux conclus à partir du 1er septembre 2018, le locataire qui établit sa résidence principale dans un logement doit souscrire une assurance couvrant l’incendie et les dégâts des eaux. En Région de Bruxelles-Capitale, l’obligation d’assurance habitation pèse sur le locataire pour les baux conclus ou renouvelés depuis le 1er novembre 2024, les parties pouvant convenir que le locataire en soit dispensé et que le bailleur inscrive à la place une clause d’abandon de recours dans son propre contrat. Ces règles ne concernent pas l’association, mais elles évitent qu’un sinistre parti d’un appartement loué reste sans couverture.

La prime est une charge commune, le contrat se vote

La prime du contrat de l’immeuble est une dépense de l’association, répartie entre les lots comme les autres charges communesGlossaireDépenses liées aux parties communes et au fonctionnement de la copropriété, comme l'entretien, la réparation, l'assurance ou les frais de syndic. Elles sont réparties entre les lots selon les critères fixés par le règlement de copropriété. Voir le glossaire, selon les clés du règlement de copropriété. Elle apparaît chaque année au budget et au décompte de charges annuel.

Le choix du contrat, lui, appartient à l’assemblée. Deux règles y aident concrètement. L’assemblée fixe à la majorité des deux tiers le montant des marchés et des contrats à partir duquel une mise en concurrence est obligatoire (art. 3.88, § 1er, 1°, c)) ; au-delà de ce seuil, le syndic présente plusieurs devis établis sur la base d’un cahier des charges préalable. Et le syndic doit soumettre à l’assemblée générale ordinaire un rapport d’évaluation des contrats de fournitures régulières (art. 3.89, § 5, 12°). Une police d’assurance reconduite d’année en année est exactement ce type de contrat. Nous conseillons d’utiliser ce rapport pour ce qu’il permet : comparer la couverture aux besoins réels de l’immeuble, et non seulement la prime à celle de l’an dernier.

Reste le point le plus coûteux quand il est négligé : la valeur assurée du bâtiment. La sous-évaluation déclenche la règle de proportionnalité, qui limite l’indemnisation en fonction du rapport entre la valeur réellement assurée et celle qui aurait dû l’être. Tout assureur doit proposer un système de fixation de la valeur, et une valeur correctement fixée puis adaptée à l’indice ABEX, calculé deux fois par an par l’Association belge des experts, écarte cette règle (SPF Économie, fixation et adaptation de la valeur assurée). La conséquence pratique est simple : après une toiture refaite, un ascenseur remplacé, une façade isolée ou des combles aménagés, le montant assuré se revoit. Le calendrier d’un chantier est décrit dans travaux en copropriété, et les aides mobilisables dans rénovation énergétique et primes.

Après un sinistre, qui déclare et qui suit le dossier ?

Le syndic représente l’association dans la gestion des affaires communes et accomplit tous actes conservatoiresGlossaireMesures destinées à préserver l'immeuble ou les droits de l'association sans attendre une décision de l'assemblée générale, comme une réparation provisoire après un sinistre. Le syndic est chargé de les accomplir. Voir le glossaire (art. 3.89, § 5, 2° et 4°). Bâcher une toiture éventrée, fermer une vanne, faire assécher une cave : rien de tout cela n’attend une assemblée, et les frais de sauvetage sont d’ailleurs pris en charge par le contrat. Un copropriétaire qui constate le dommage le signale par écrit, ce qui date le constat et ouvre le dossier.

Un sinistre est très souvent mixte. Une fuite sur une colonne commune abîme un parquet privatif ; un orage passe par la toiture et finit dans deux appartements. Le réflexe utile est de décrire les faits et les dommages sans trancher la qualification, puis de laisser l’expertise répartir. Le cas particulier de l’eau, des infiltrations et des recours entre voisins est détaillé dans dégâts des eaux et infiltrations.

Quand le dommage est lourd, le Code civil prend le relais de la police. En cas de destruction totale ou partielle, les indemnités représentatives de l’immeuble détruit sont affectées par priorité à la reconstruction lorsque celle-ci est décidée, et les copropriétaires contribuent aux frais proportionnellement à leur quote-partGlossaireTerme employé par le Code civil pour la fraction des parties communes attachée à chaque lot, appelée aussi quotités. Elle est fixée dans l'acte de base selon la valeur respective des parties privatives et détermine le nombre de voix de chaque copropriétaire à l'assemblée générale. Voir le glossaire (art. 3.88, § 2). La reconstruction ou la remise en état après destruction partielle se décide à la majorité des quatre cinquièmesGlossaireMajorité requise notamment pour les autres modifications des statuts, dont la répartition des charges, le changement de destination de l'immeuble, la division ou la réunion de lots et les actes de disposition de biens immobiliers communs. Voir le glossaire (art. 3.88, § 1er, 2°, c)). Autrement dit, l’indemnité n’est pas un pécule à partager : elle est fléchée vers le bâtiment dès l’instant où l’assemblée choisit de le relever. Le comptage des voix est détaillé dans règles de vote et majorités.

Un dernier lien, souvent oublié : un manquement documenté à une mesure de sécurité pèse au moment du sinistre, et la fiche sécurité incendie en copropriété dit ce que les deux Régions imposent réellement. Pour la maintenance courante du bâtiment, voyez entretien des parties communes, et pour l’ensemble des situations de la vie de l’immeuble, la page gestion d’un immeuble en copropriété.

À faire, à éviter

À faire
  • Conserver une copie de la police de l’immeuble chez soi
  • Réévaluer le montant assuré après chaque gros chantier
  • Photographier et dater les dommages dès leur constat
  • Noter le numéro de police et le contact de l’assureur au registre de l’immeuble
À éviter
  • Se contenter d’une attestation d’assurance sans les conditions particulières
  • Supposer que le mobilier de l’appartement est couvert par l’immeuble
  • Laisser le syndic reconduire le contrat sans évaluation en assemblée
  • Attendre le rapport d’expertise pour prendre les mesures qui limitent les dégâts

Où la couverture d’un immeuble se révèle trop courte

PosteConstatVérification
Valeur du bâtimentLe montant assuré date de la souscription et n’a pas suivi les travaux réalisés depuisComparer la valeur assurée à la valeur de reconstruction actuelle, indice ABEX compris
Dégâts des eauxLa garantie figure au contrat, mais les infiltrations par la toiture en sont excluesLire la définition exacte du péril dans les conditions générales, pas son intitulé
Parties privativesPersonne ne sait si la police couvre l’intérieur des appartements ou seulement les communsRetrouver la clause qui délimite les biens assurés et la confronter à l’acte de base
ContenuUn copropriétaire découvre après le sinistre que son mobilier n’était pas assuréPrévenir chaque copropriétaire de ce que la police de l’immeuble laisse à sa charge
Assurance du syndicLe syndic bénévole exerce depuis des années sans couverture de responsabilitéDemander la preuve de l’assurance imposée par l’article 3.89, § 5, 8°
LocatairesLes baux récents imposent une assurance au locataire, sans que le bailleur l’ait vérifiéeContrôler bail par bail l’obligation régionale et l’éventuel abandon de recours

Questions fréquentes

L’assurance incendie est-elle obligatoire pour une copropriété ?

Pas par la loi fédérale, qui la recommande sans l’imposer aux propriétaires. L’obligation naît en pratique du règlement de copropriété, d’une décision de l’assemblée générale, ou d’un contrat comme un prêt hypothécaire. Des réglementations régionales visent aussi les locataires, ce qui concerne les copropriétaires bailleurs.

Quelle assurance le Code civil impose-t-il en copropriété ?

Une seule, et elle ne concerne pas le bâtiment : le syndic doit souscrire une assurance responsabilité couvrant l’exercice de sa mission et en fournir la preuve. Quand son mandat est gratuit, cette assurance est souscrite aux frais de l’association des copropriétaires (art. 3.89, § 5, 8°, C. civ.).

La police de l’immeuble couvre-t-elle mon mobilier ?

La plupart du temps non. Une police globale peut couvrir les parties communes et les parties privatives, mais elle ne couvre généralement pas le contenu des appartements ni celui des dépendances. Le mobilier et les effets personnels restent à assurer par chaque copropriétaire ou occupant.

Une inondation est-elle couverte par le contrat de l’immeuble ?

En principe oui, car toute assurance incendie qui couvre des risques simples comprend obligatoirement la garantie contre les catastrophes naturelles (art. 123 de la loi du 4 avril 2014). Une exception existe en zone à risque pour un bâtiment construit plus de dix-huit mois après le classement de la zone.

Qui déclare le sinistre survenu dans les parties communes ?

Le syndic, qui représente l’association des copropriétaires dans la gestion des affaires communes et accomplit les actes conservatoires. Un copropriétaire qui constate le dommage le signale par écrit au syndic, et garde une trace datée de ce signalement.

Sources officielles et références
Fiche informative, adaptée au droit belge. Elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel sur votre dossier.Signaler une erreur