La vie de l'immeuble

Sécurité incendie en copropriété : obligations, détecteurs et travaux à voter

Un rapport du service d’incendie traîne depuis l’an dernier, un détecteur bipe dans un couloir, et personne ne sait qui doit payer quoi. Voici ce que la loi impose réellement à votre immeuble, à Bruxelles et en Wallonie, et comment le faire voter.

Sommaire de la fiche
La marche à suivre
  1. Situer l’immeubleRetrouvez l’année du permis et les plans : ils disent quelles normes de construction s’appliquaient au bâtiment.
  2. Faire le tour des communsParcourez les circulations du sous-sol au dernier étage et notez tout ce qui gêne une évacuation.
  3. Vérifier les détecteurs lot par lotDemandez à chaque copropriétaire l’état de son installation : la règle régionale vise le logement, pas l’immeuble.
  4. Interroger le service d’incendieSollicitez une visite ou relisez le dernier rapport avant d’engager la moindre dépense.
  5. Trier les mesures avant le voteSéparez ce qu’un texte impose de ce que l’assemblée choisit : la majorité requise n’est pas la même.

Un courrier de la zone de secours arrive chez le syndic après une visite de l’immeuble, et il demande des choses précises : dégager le palier du deuxième, remplacer une porte, rétablir un éclairage. Ou bien c’est un copropriétaire qui signale que le détecteur du couloir bipe depuis six mois et que personne ne s’en occupe. Dans les deux cas, la même question arrive en assemblée : qui paie, et faut-il voter ?

La sécurité incendie d’un immeuble se lit à trois niveaux qu’il vaut mieux ne pas mélanger. Les normes de construction sont fédérales et regardent le bâtiment tel qu’il a été bâti. Les obligations liées au logement sont régionales et regardent chaque appartement. Enfin, la commune et le service d’incendie peuvent imposer des mesures à votre immeuble en particulier. Notre lecture : situez votre immeuble dans ces trois couches avant de parler budget. La plupart des blocages en assemblée viennent de ce que chacun invoque une couche différente.

Votre immeuble est-il soumis aux normes de base fédérales ?

L’arrêté royal du 7 juillet 1994 fixe les normes de base en matière de prévention contre l’incendie et l’explosion : compartimentage, résistance au feu des parois, largeur et nombre de chemins d’évacuation, réaction au feu des matériaux. Ce texte structure la sécurité incendie du bâti belge, mais il ne dit pas ce que beaucoup de copropriétaires croient qu’il dit.

« L’arrêté royal du 7 juillet 1994 n’est pas d’application aux bâtiments existants. »
SPF Intérieur, Sécurité civile

Il s’applique aux bâtiments à construire et aux extensions de bâtiments existants, pour la seule extension. Les bâtiments élevés et moyens dont la demande de construction a été introduite avant le 26 mai 1995, et les bâtiments bas dont la demande est antérieure au 1er janvier 1998, sortent donc de son champ (Sécurité civile, SPF Intérieur). Autrement dit : un immeuble des années soixante n’a pas à être reconstruit aux normes d’aujourd’hui du seul fait que ces normes existent.

La distinction entre bâtiment bas, moyen et élevé n’est pas décorative, parce qu’elle commande les exigences de l’arrêté. Elle repose sur la façon dont les secours peuvent intervenir : la hauteur utile de 25 m d’une auto-échelle de 30 m sépare le bâtiment moyen du bâtiment élevé. Au-delà, l’évacuation ne peut plus compter sur une échelle et tout repose sur la construction.

Concrètement, votre point de départ n’est pas l’arrêté royal : c’est le dossier de l’immeuble. Le permis d’urbanisme, les plans, l’éventuel avis du service d’incendie rendu à l’époque et le dossier d’intervention ultérieure disent ce que le bâtiment a promis d’être. Si des travaux ultérieurs ont modifié une cage d’escalier, supprimé une porte ou transformé des combles, c’est là que l’écart se lit.

Détecteurs de fumée : qui les pose, qui les paie ?

C’est le sujet qui revient le plus souvent, et celui où les deux Régions ne disent pas la même chose.

PointRégion de Bruxelles-CapitaleWallonie
Texte applicableArrêté du Gouvernement du 28 septembre 2023Arrêté du Gouvernement wallon du 21 octobre 2004
Logements existantsObligatoire depuis le 1er janvier 2025Obligatoire depuis le 1er juillet 2006
NombreUn détecteur dans chaque pièce du chemin d’évacuation interne, cuisines et salles d’eau excluesSelon la surface et le nombre de niveaux : un détecteur pour un logement d’un seul niveau de moins de 80 m², deux au-delà
InterconnexionObligatoire à partir de quatre détecteurs, délai jusqu’au 1er janvier 2028 pour les installations existantesObligatoire à partir de quatre détecteurs, ou installation centralisée
NormeNBN EN 14604, modèle optique, batterie de dix ans ou secteur avec pile de secoursNBN EN 14604
Achat et installationÀ charge du propriétaireÀ charge du propriétaire
Entretien courantÀ charge de l’occupant, qui signale toute défaillanceÀ charge de l’occupant, qui signale toute défaillance

Sources : Bruxelles Logement pour la Région de Bruxelles-Capitale, Portail de la Wallonie pour la Wallonie.

Pour une copropriété, la conséquence est nette. Ces deux textes visent le logement, pas l’immeuble : l’obligation pèse sur le propriétaire de chaque lot, et la dépense n’est pas une charge commune. Un syndic qui facture les détecteurs à l’ensemble des copropriétaires selon leurs quotitésGlossaireFraction des parties communes attachée à chaque lot, fixée dans l'acte de base selon la valeur respective des parties privatives. Elles déterminent le nombre de voix à l'assemblée et ne peuvent être modifiées qu'à l'unanimité de tous les copropriétaires. Voir le glossaire fait donc un choix que ni l’un ni l’autre arrêté ne lui impose, et qui doit trouver son fondement dans le règlement de copropriété ou dans une décision d’assemblée.

Reste le cas des couloirs et des cages d’escalier, qui ne sont le logement de personne. Les deux arrêtés régionaux ne les visent pas. Quand un immeuble est équipé d’une détection dans ses parties communesGlossaireParties de l'immeuble ou du terrain qui appartiennent à tous les copropriétaires selon leur quote-part, comme la toiture, le hall ou les canalisations communes. Dans le silence ou la contradiction des titres, sont réputées communes les parties affectées à l'usage de tous ou de certains copropriétaires. Voir le glossaire, c’est en général parce que le permis, un règlement communal ou une demande du service d’incendie l’a prévu. Vérifiez lequel avant de décider de remplacer ou de supprimer quoi que ce soit : une installation posée en exécution d’un avis ne s’enlève pas parce qu’elle sonne trop souvent.

Nous conseillons au syndic de tenir un relevé simple, lot par lot, de ce que chaque copropriétaire déclare avoir installé. Ce n’est pas un contrôle, et l’association n’a pas à en faire un. C’est la seule façon de savoir, le jour d’un sinistre, si l’immeuble était équipé.

Dans les communs, l’essentiel ne se vote pas

Une part de la sécurité incendie d’un immeuble ne coûte rien et ne se vote pas. Elle tient à l’usage quotidien des communs.

  • Les escaliers, les paliers et les couloirs restent des chemins d’évacuation : tout ce qui y stationne réduit leur largeur utile au moment où elle compte.
  • Une porte coupe-feu ne protège que fermée. Une cale, un extincteur posé au sol ou un ferme-porte déréglé annulent sa fonction.
  • Les locaux techniques, la chaufferie, le local poubelles et le local compteurs se referment et ne servent pas de débarras.
  • L’éclairage de sécurité et la signalisation des issues se testent, comme n’importe quel équipement.
  • Les accès des secours comptent autant que l’intérieur : numéro de police lisible, entrée dégagée, accès à la façade maintenu.

L’association des copropriétaires a pour objet la conservation et l’administration de l’immeuble. Le rappel de ces usages relève donc pleinement du rôle du syndic, et le règlement d’ordre intérieur est l’endroit naturel pour les inscrire une fois pour toutes, plutôt que de les répéter à chaque assemblée.

À quelle majorité voter les mesures, et sur quel budget ?

Dès qu’une mesure suppose des travaux aux parties communes, la question du vote se pose, et la réponse dépend de l’origine de la mesure.

Les travaux affectant les parties communes se décident en principe à la majorité des deux tiers des voix. Deux catégories échappent à ce seuil : les travaux imposés par la loi et les travaux conservatoires et d’administration provisoire, qui peuvent être décidés à la majorité absolueGlossaireRègle de vote par défaut de l'assemblée générale : plus de la moitié des voix des copropriétaires présents ou représentés au moment du vote. Les abstentions, votes nuls et blancs ne sont pas comptés comme voix émises. Voir le glossaire des voix des copropriétaires présents ou représentés (art. 3.88, § 1er, 1°, b)).

La ligne de partage est donc celle-ci. Une porte palière coupe-feu qu’un texte ou une décision de l’autorité impose de remplacer relève de la majorité absolue. Une installation de détection centralisée que l’assemblée choisit d’installer parce qu’elle la juge utile relève des deux tiers. Nous conseillons de présenter les deux catégories séparément à l’ordre du jour, avec leur base respective : un point mal qualifié se vote à la mauvaise majorité et se conteste ensuite. La mécanique complète du comptage des voix figure dans règles de vote et majorités.

Entre deux assemblées, le syndic n’est pas désarmé. Il est chargé d’accomplir tous actes conservatoiresGlossaireMesures destinées à préserver l'immeuble ou les droits de l'association sans attendre une décision de l'assemblée générale, comme une réparation provisoire après un sinistre. Le syndic est chargé de les accomplir. Voir le glossaire et tous actes d’administration provisoire (art. 3.89, § 5, 2°). Un ferme-porte cassé se répare sans attendre. Et si l’assemblée bloque alors que des travaux sont urgents et nécessaires, tout copropriétaire peut se faire autoriser par le juge à les accomplir seul, aux frais de l’association (art. 3.92, § 5).

Côté financement, une mesure de sécurité suit les mêmes règles que n’importe quel chantier : dépense courante au budget prévisionnel, dépense non périodique prélevée sur le fonds de réserve. Le calendrier complet, du devis à la réception, est décrit dans travaux en copropriété.

Après une visite du service d’incendie

Une visite se solde par un rapport, parfois assorti de recommandations, parfois de mesures à prendre dans un délai. Ce document appartient au dossier de l’immeuble : il se classe, il se transmet au conseil de copropriété s’il en existe un, et il se met à l’ordre du jour.

Trois réflexes évitent que la situation s’enlise. Accuser réception et demander, si le rapport est technique, ce qui relève de l’obligation et ce qui relève du conseil. Chiffrer avant de convoquer, pour que l’assemblée vote sur des montants et non sur des intentions. Répondre à l’autorité en indiquant le calendrier retenu, même si les travaux prennent plusieurs mois : une copropriété qui a voté et planifié n’est pas dans la même position qu’une copropriété silencieuse.

Le bourgmestre dispose de pouvoirs de police administrative en matière d’incendie et peut imposer des mesures à un bâtiment déterminé. C’est la raison pour laquelle un avis du service d’incendie ne se range pas dans la catégorie des suggestions.

Un mot, enfin, sur l’assurance. Un manquement documenté à une mesure de sécurité peut peser lors d’un sinistre, et la police incendie de l’immeuble mérite d’être relue à cette occasion : la fiche assurances de copropriété détaille ce qu’elle couvre et ce qu’elle laisse de côté. Pour le reste de la maintenance du bâtiment, contrôles d’ascenseur et de chaudière compris, voyez entretien des parties communes, et pour l’ensemble des situations de la vie de l’immeuble, la page gestion d’un immeuble en copropriété.

À faire, à éviter

À faire
  • Retrouver le permis d’urbanisme et les plans de l’immeuble
  • Garder les paliers et les escaliers libres en permanence
  • Noter la date de mise en service de chaque détecteur
  • Verser au dossier de l’immeuble tout rapport du service d’incendie
À éviter
  • Caler une porte coupe-feu pour qu’elle reste ouverte
  • Entreposer vélos et encombrants dans la cage d’escalier
  • Traiter un avis du service d’incendie comme une simple suggestion
  • Commander un système de détection avant de l’avoir voté et chiffré

Où la sécurité incendie se perd le plus souvent

PointConstatVérification
Cage d’escalierVélos, poussettes et encombrants stationnent sur les paliers depuis des moisFaire retirer tout ce qui réduit la largeur de passage, et l’acter au procès-verbal
Portes coupe-feuUne porte est maintenue ouverte par une cale, parce qu’elle claqueTester chaque ferme-porte et retirer les cales plutôt que de neutraliser la porte
DétecteursPersonne ne sait de quand datent les appareils posés dans les appartementsRelever la date de fabrication ou de mise en service inscrite sur chaque boîtier
Locaux techniquesLa porte de la chaufferie ou du local poubelles ne ferme plus et sert de rangementRétablir la fermeture et sortir ce qui n’a rien à y faire
Rapport de visiteLe dernier avis du service d’incendie n’a jamais été mis à l’ordre du jourLe verser au dossier de l’immeuble et l’inscrire à la prochaine assemblée
Accès des secoursLe numéro de l’immeuble est illisible depuis la rueVérifier la visibilité du numéro, l’accès à la façade et le libre passage devant l’entrée

Questions fréquentes

Les détecteurs de fumée sont-ils une charge commune ?

En principe non. Les arrêtés bruxellois et wallon visent le logement et mettent l’achat, l’installation et le remplacement à charge du propriétaire du bien. La dépense se rattache donc au lot et non aux parties communes, sauf si le règlement de copropriété en dispose autrement ou si l’assemblée vote une installation commune.

Quelle majorité faut-il pour des travaux de sécurité incendie ?

Tout dépend de leur origine. Les travaux affectant les parties communes se votent à la majorité des deux tiers, sauf les travaux imposés par la loi et les travaux conservatoires et d’administration provisoire, qui relèvent de la majorité absolue des voix des copropriétaires présents ou représentés (art. 3.88, § 1er, 1°, b), C. civ.).

Depuis quand les détecteurs sont-ils obligatoires à Bruxelles ?

Depuis le 1er janvier 2025 dans tous les logements de la Région, en application de l’arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 28 septembre 2023. À partir de quatre détecteurs, ils doivent être interconnectés ou reliés à une installation centralisée, avec un délai jusqu’au 1er janvier 2028 pour les installations déjà en place.

Un immeuble ancien doit-il être mis aux normes de base de 1994 ?

Non, pas à ce titre. L’arrêté royal du 7 juillet 1994 vise les bâtiments à construire et les extensions de bâtiments existants, pour la seule extension. Cela ne dispense ni des obligations régionales liées au logement, ni des mesures que la commune ou le service d’incendie peut imposer à un bâtiment en particulier.

Le syndic peut-il agir sans attendre l’assemblée ?

Oui, dans la limite de sa mission. Le syndic est chargé d’accomplir tous actes conservatoires et tous actes d’administration provisoire (art. 3.89, § 5, 2°, C. civ.). Remettre en état un ferme-porte ou dégager une issue entre dans ce cadre ; installer un système de détection dans tout l’immeuble, non.

Sources officielles et références
Fiche informative, adaptée au droit belge. Elle ne remplace pas l'avis d'un professionnel sur votre dossier.Signaler une erreur